LEGRAND

Cédric-Georges Legrand donne à voir l’altérité la plus fouillée qui soit. Sans médiation culturelle. Terre brute singulière, sidérante et brûlante. Son art de lave humaine recrée la trame la plus enfouie qui soit, celle d’une patrie d’âme en gestation, celle des fourmillements secrets de la vie, des premiers surgissements, et des invisibles tracés de l’univers. Dans les tréfonds souterrains de l’affectivité centrale. Dans les étranges bousculations du vide. Dans la dislocation absolue du ça va de soi, même si des apparences subtiles de squelettes formels structurent quasiment chaque œuvre.

Traversé d’altérité, en fabuleux lâcher-prise, son art chamanique explore sans fin

l’inexploré, labourant le champ indéfini du compréhensible, entre vie brève et folle santé. Par peintures-dessins aigus et aériens, extirpés à vif des lourds remous de l’affectivité centrale dans le pur bouleversement de la création. “Je la détruis“, dit-il. Sauvée du désastre de la passivité, son œuvre incandescente désosse les attendus de l’art.

Territoires d’âme

La peinture de Cédric-Georges Legrand est une boule de nerfs minutieuse, une plaie auto-soignée, une immense liberté labyrinthique. “Je n’aime pas me sentir bloqué“, dit-il encore. Dans l’abîme du sans-nom et du sans-forme, s’il propose des mandalas profonds qui accidentent l’étendue, il ajoute toujours d’infimes passerelles, passages si ténus qu’on voit à peine qu’ils osent exister, des presque liens…

Dans cette profusion inarrêtable, tout s’électrise en subliminales vibrations, en révoltes vives contre l’acquis, le confortable et le ressassé. Cet art d’infinitude, nourri de “pensées incessantes“, sert de nourriture crue aux faims essentielles.
Mille et une peintures deviennent une seule expérience revécue dans l’acte de création. Mille et un signes graphiques font un tracé –

unique, innombrable et puissant, magma fiévreux dans “l’agressivité et la nervosité du rouge“, en plein ailleurs psychique.
L’œuvre est alors sans limite et sans horizon, dans le champ agrandi et délivré des perceptions souterraines.
Création enfin pour habiter le monde, pour “que tout puisse se fondre en un seul lien“, dans une cartographie inouïe sans cesse aventureuse…

Métamorphoses de signes

Dans ces signes structurants, considérablement enfouis, règne l’indistinction des racines de l’humanité. Naissent alors d’autres possibles, et d’autres voies de vie, le Tout d’un monde intra-cellulaire, voire cosmique, fondu en une seul jungle de signes et de couleurs. Virtuose de l’hétérogénéité des champs sémantiques, l’artiste-magicien vagabonde dans l’écriture sauvage de la défiguration. Lenteur et fulgurance s’épaulent et se combattent. Les prodigieuses métamorphoses plastiques de Cédric-Georges Legrand échappent à la pesanteur du sol comme aux artifices de l’intellect.

Art de vastitude et d’oxygène mental. Art d’élévation, en étapes-tremplins qui élargissent la conscience. Et l’espace s’éblouit.
Cédric-Georges Legrand nage lentement dans les creux cachés des renaissances invisibles, au fond des marécages archaïques, et dans le monde tellurique des origines. Il fouille littéralement l’éclatement de l’être. A l’explosion du dedans correspond l’implosion du dehors. Jamais il n’oublie l’énigme de l’existence, et jamais ne disparaît la possibilité d’être autre.
L’art vit de ces braises chaudes.

Christian Noorbergen
Conférencier & Critique d’Art

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