BERGE

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Louis-René Berge était grand et se tenait bien droit, ce qui lui permettait de regarder les choses de haut. Ou peut-être les regardait-il depuis son balcon. Les choses, pas le monde, car je l’ai connu plutôt modeste et amical. Mais il avait aussi un côté lointain, il laissait une distance, que n’explique pas seule la presbytie.

Dans un entretien en 1977 avec Françoise Woimant, conservatrice chargée de l’estampe contemporaine à la Bibliothèque nationale, il

dit qu’il fait des photographies d’ombres.

Un de ses dessins montre l’ombre d’un homme, assise sur une chaise de jardin qui semble parler à une autre chaise de jardin, vide, placée en face. Il l’a intitulé Dialogue. Dialogue d’aveugles ? Qui n’a pas peur des ombres ?

La retenue de Louis-René était peut-être due au fait qu’il était autodidacte en matière de gravure. En outre il y était venu tard, ayant auparavant mené sa vie différemment. Il a notamment dirigé pendant longtemps une entreprise de cartonnage, ce dont on voit les traces, selon Claude Louis-Combet, dans les emballages vides ou ces caisses qui figurent parfois dans ses estampes, comme des cercueils bricolés où l’on ne voudrait pas dormir.

Ce fut son beau-père, Georges Noyon, graveur de cartes d’état-major (et aussi d’un portrait assez enlevé du général Pichegru), qui lui mit en quelque sorte le burin à la main au début des années 60, peu de temps avant de disparaître. Il a gardé ses outils.

Il a fait la connaissance deJacques Villon par l’intermédiaire de Camille Renault, qui l’expose en 1962. Ses premières gravures se ressentent un peu de ce contact: les tailles sont droites, même celles des fonds.

Il y a un invisible dans le visible », « Voir c’est toujours lus qu’on ne croit » (Merleau-Ponty, cité d’après l’artiste). cependant, aussi attaché qu’il soit à ses dessins et à ses estampes, c’est quand il croit entendre la lame de son burin chuinter dans le cuivre qu’il est le plus heureux.Au point de revenir, inconsciemment — car il n’a jamais été historien de l’art au travail des orfèvres d’antan, ne gravaient pas pour produire des images sur papier. u ces mots dans un de ses cahiers récents: « Ne plus considérer le cuivre comme une matrice, mais comme l’oeuvre majeure à voir — et non le papier — ou [il se reprend soudain] aussi le papier, mais d’abord le cuivre, présente la ‘charge’ de travail de l’artiste ».

Décembre 2008 il dessine une sorte de piédestal, un très simple, sur le devant duquel on lit: LOUIS- RENÉ BERGE; au-dessus, une masse de cailloux plus ou moins branlante comme un fragment de mur en pierres sèches.

On voit que son bicorne d’académicien peut encore tenir sur sa tête, il est resté lucide. Et s’il porte bien son habit vert, c’est moins pour la parade que pour défendre et promouvoir l’estampe. Le burin est son épée. Le dernier dessin de son dernier cahier inachevé, non daté et intitulé : « Fragilité ». L’ombre a changé de chaise. L’angoisse nous demeure, au-delà du souvenir.

Maxime Préaud

Conservateur général des bibliothèques Département des Estampes et de la Photographie Bibliothèque Nationale de France

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Retrouvez l’œuvre de Cédric Georges Legrand au 76 boulevard Saint Michel à Paris! #peinture #techniquemixte #art #Paris
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