DELAHAUT

Sabine Delahaut dit beaucoup de choses à propos de ses créations, elle dispose d’une belle langue pour évoquer son art, ses techniques, ses précieux outils et les gestes qu’ils exigent. La flamme de la passion traverse sa parole.

L’œuvre de Delahaut est une œuvre d’une très grande finesse, d’une étonnante minutie dans le trait, dans le tracé tout autant que dans le propos. C’est une œuvre délicate, féminine, gracieuse, hantée par la femme (les indices féminins) et l’animal. J’ai parlé d’œuvre féminine car Delahaut burine avec la grâce et la souplesse de la couturière de Velasquez et un indéfinissable petit plus féminin exhausse l’œuvre.

C’est une œuvre élégante dans laquelle l’absence est un des personnages essentiels, l’absence de l’être en tant que tel et sa manifestation réduite à ses avatars, à ses mutations, à ses ornements, ses masques ou ses métaphores.

L’absence ici semble curieusement et poéti- quement jumelée avec une quête de l’identité. Essentiellement, me semble-t-il, l’être s’absente derrière quelque chose ou est physiquement absent, ou partiellement absent.

Delahaut nous propose des indices, des tracés incomplets ou masqués (plaisante trouvaille, le regard du loup lui est quelquefois un masque).

Elle se situe évidemment du côté de la poésie : elle invite l’imagination à déployer les trames qu’elle propose, et parfois elle sème les traits et nous invite à imaginer qui les habite. Oui, son œuvre est une invitation à imaginer, à rêver, à rire, à s’étonner. Delahaut n’est pas une montreuse, son art tient dans la subtilité élégante de l’évocation, les nuances de la suggestion.

J’aime ses gravures en rouge où chaque trait a la formidable palpitation d’une veine. Il y a chez elle un grand sens de la métaphore et un art du sens caché, c’est une héritière des surréalistes belges aussi. Le merveilleux est dans son œuvre.

Elle aime redire des formes, les répéter en y apportant des modifications, travailler tout à la fois dans la série et dans l’originalité, la constance et la transformation. Il y a en elle du baroque, mais un baroque étrange, une rencontre étonnante de la profusion et de l’ascèse. On trouve l’ornement sans le noyau souvent, la parure sans l’être paré.

Quelque chose du conte hante son œuvre, de même que la présence obstinée de l’animal (qu’elle aime et pour les droits duquel elle milite infatigablement). Il me semble que, par certains aspects, la présence du fantastique est manifeste dans l’œuvre. Au travers de ce baroque sobre et inhabituel, insolite et charmant, dans ce lieu des identités masquées, du secret et de la révélation, de la fantaisie et du fantasme, de la féminité elliptique, du rapport singulier entre l’être et l’animal (l’humanité de l’animal, l’animalité de l’être humain), nous découvrons l’univers fascinant d’une poésie visuelle subtile et rare, quelque chose comme le merveilleux présent d’un art épuré et formidablement complexe.

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Denys-Louis Colaux

Auteur, poète, nouvelliste, romancier

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Retrouvez l’œuvre de Cédric Georges Legrand au 76 boulevard Saint Michel à Paris! #peinture #techniquemixte #art #Paris
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